• Faire un pas : 4e partie

    Hey !

    Voici la 4e, et avant-dernière partie de Faire un pas !

    La partie précédente est ici !

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    Et à sept heures vingt-deux, quand j’avais réussi à dormir, je suis réveillé par Martin, le premier à se lever, comme tous les jours.

    – Léo… Je suis désolé. Mais tu n’as plus ta place ici. C’est pour ton bien.

    – Tu me jettes ?! Martin, tu me jettes d’ici comme une vieille chaussette ?! Je croyais que tu étais mon ami. Mon meilleur ami.

    – Désolé.

    Je sèche les larmes qui coulent le long de mes joues. Il m’a trahi… Je pensais que Martin était le plus fidèle des amis. Raté. J’ai encore une fois eu un regard aveugle sur une personne que j’aimais.

    Je m’habille rapidement tandis qu’Axel n’est pas réveillé. Parce que s’il me voit nu, il va me toucher. Il va me violer. Le souvenir du contact de ses doigts sur ma cuisse. Sur ma poitrine. Il m’écœure encore. J’ai envie de vomir. Je sors prendre l’air.

    Bastien m’imite et nous partons tous les deux nous promener, sans prendre de petit-déjeuner.

    – Samuel, j’ai une question, dit-il, brisant ainsi le silence.

    – Oui ?

    – Tu vas dans le vestiaire des garçons en sport ?

    – Non. Je n’ai pas le droit. Je suis obligé d’aller avec les filles. Mais si ça ne tenait qu’à moi, j’irais avec les gars.

    – Et une autre : tu es considéré comme un garçon…

    Il s’arrête. Je l’encourage à poser sa question. Ça ne peut pas être pire que ce que me disent les gars au lycée. Et qu’Axel.

    – Si je suis… amoureux de toi, est-ce que ça veut dire que… que je suis… gay ?

    – Oui. Mais tu n’es pas amoureux de moi, Bastien ?

    Un silence gêné s’installe pendant que nous marchons. Dix minutes plus tard, je repose ma question.

    – Bastien ?

    Je m’arrête à côté de lui. Je le regarde dans les yeux. Ils sont à l’opposé de ceux d’Axel. Je respire enfin.

    – Dis-moi la vérité. Je dois savoir.

    Il soupire.

    – The love at first sight. C’est comme ça qu’on dit en anglais. L’amour au premier regard. Le coup de foudre. Acte I, scène 5 de Roméo et Juliette. C’est exactement ça que j’ai ressenti pour toi. Mais silence ! quelle lumière éclate à la fenêtre ?

    – Acte II, scène 2. Scène du balcon.

    – En effet. Sauf que moi, ce n’était pas à travers une fenêtre que j’ai aperçu ta lumière, c’était en vrai, par une matinée d’hiver, et tu éclairais ma journée si maussade. Je ne voulais pas y aller. Ils… ils savent que je suis gay. Et ils se foutent de moi… Tous les jours ! Tous les jours, Samuel ! J’en peux plus !

    – Je sais…

    Et puis nous restons pendant une heure à réciter des vers de Roméo et Juliette, en anglais et en français, séparément ou ensemble. Il n’est plus Bastien, je ne suis plus Samuel. Je suis Roméo, il est Juliette. Puis je deviens Juliette et lui Roméo. J’oublie que j’ai été agressé.

    Après cette heure qui me semble durer une minute, il prend mes mains dans les siennes, qui sont chaudes. J’ai toujours les mains froides. Sauf quand je touche celles de Jade. Accidentellement, bien sûr… Qui voudrait que je lui touche les mains ? Qui voudrait que je l’aime ?

    Soudain, je repense aux mains d’Axel sur mes seins. Sur mes jambes. Sur ma peau nue. Ses doigts chauds qui me touchent. Qui se baladent sur mon corps. Ce corps que je n’aime pas et ne pourrais plus jamais aimer. Je lâche ses mains.

    – Samuel, je dois savoir la vérité. Est-ce que tu m’aimes ?

    Je n’ai jamais fait face à une déclaration d’amour. Bastien est un ami. Un ami très proche. Pas autre chose. En plus, je suis déjà amoureux… Mais comment lui dire ?

    – Bastien… Promets-moi qu’on restera amis. Mais… J’aime les filles, pas les gars. Je suis désolé, tu es un ami génial, mais je ne t’aime pas. Désolé.

    – Je m’en doutais… T’es tellement génial… Je te mérite pas.

    – Ne dis pas ça ! Tu es bien plus génial que moi…

    Je le serre dans mes bras pour consoler les larmes qui descendent le long de ses joues. Et sa main me touche le dos. Comme celle d’Axel. Je frissonne et me libère de l’étreinte.

    – Je suis désolé…

    Je regarde ma montre. Nous sommes partis depuis deux heures, il est 10h07. Nous retournerons au refuge à midi pour manger. Il nous reste une heure et demie, il faut compter le temps de trajet. Alors je commence à réciter la suite de Roméo et Juliette, et Bastien continue.

    – Ma préférée, c’est la scène 5 de l’acte V, dit-il après en avoir déclamé une tirade. Et toi ?

    – C’est triste, comme passage ! Moi, je suis plutôt scène 5 de l’acte I. La scène du coup de foudre.

    Tout en discutant, nous nous remettons à marcher, mais dans l’autre sens, car il fait très froid et rester statique nous gèle.

    Mais au bout d’une heure, je me rends compte que nous nous sommes perdus, je ne retrouve plus le chemin et Bastien non plus. Et soudain, j’imagine qu’Axel nous a suivis. Et qu’il veut me violer. Parce que j’ai un corps de fille. Je respire un grand coup et m’immobilise aussitôt. Je demande à Bastien de le faire aussi. J’ai suivi une formation pour ne pas paniquer en cas d’urgence, et la voix du moniteur résonne encore dans ma tête. Appeler les secours. Je sors mon téléphone et essaye d’appeler mais il n’y a pas de réseau. Je teste l’appel d’urgence mais ça ne marche pas. Ok. Le SOS. J’utilise la lampe-torche de mon téléphone pour lancer un appel lumineux. Je crois que ça marche, car une personne arrive vers nous.

    Et si c’était Axel ? Je panique. Il va me toucher. Il va m’agresser.

    – Qu’est-ce que vous fichez seuls ici, les gars ? s’écrie un homme d’une voix bourrue.

    Ce n’est pas la voix d’Axel. Je me rassure et mon rythme cardiaque redevient normal.

    – On est perdus, expliqué-je, on vient du refuge.

    – Bon, je vais vous ramener. Suivez-moi.

    J’emboîte le pas à l’homme mais Bastien m’arrête quelques instants. Il pose son doigt sur mes lèvres pour m’intimer le silence. Comme Axel. Je ne veux pas qu’il me touche !

    Il murmure :

    – Tes lèvres sont chaudes !

    Je souris. Il ne veut pas me faire de mal. Je rattrape l’homme. Bastien me suit. Je lance une discussion avec notre sauveur. J’apprends beaucoup de choses sur lui et sur sa vie, mais je reste muet sur moi, et Bastien fait de même.

    Lorsque nous arrivons au refuge, je remercie l’homme qui nous a menés jusqu’ici, puis je me retourne pour dire à Bastien de me suivre. Mais il n’est plus avec nous. Je crie son nom, je hurle, pensant qu’il a pris un peu de retard. Rien ne me répond, à part les échos de ma voix.

    Nicolas – car c’est le nom de notre sauveur – fait demi-tour pour le retrouver, mais à ce moment-là, une bourrasque arrive, et on voit une tempête de neige se lever. Nicolas est forcé de rebrousser chemin, mais il rentre dans le refuge pour appeler les secours. Je le suis.

    Tout d’un coup, je me fige. Je viens de me rappeler de la dernière phrase qu’il a prononcé : Tes lèvres sont chaudes !

    C’est la dernière tirade de Juliette.

    Juste après, elle se suicide.

    Bastien va se suicider.

    Si ce n’est pas déjà fait.

    Je ne sais pas comment.

    Mais je ne veux pas qu’il meure.

     

     

     

    À la semaine prochaine !

    Sasha

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  • Commentaires

    1
    Dimanche 15 Avril à 19:32

    J'adore !

    Tu écris super bien ^-^

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