• Lettre ouverte à ces filles qui m'ont harcelée

    Aujourd'hui, j'ai besoin de m'exprimer, parce que je me sens mal. Je me sens mal parce que tous  les jours, depuis une semaine, quasiment, tous les soirs, je me repasse toutes les étapes de mon harcèlement. J'arrive plus à dormir, alors, je dois m'exprimer. 

    Je vous laisse avec cette lettre.

    Salut, vous. Je vais pas dire vos prénoms, rassurez-vous, si vous vous reconnaissez.

    Je vais diviser cette lettre en deux parties : une pour vous, ces filles qui m'embêtaient, me harcelaient, comme elles harcelaient toute la classe. Et puis une pour vous, ces harceleuses qu'on n'a jamais punies. 

    J'en ai marre de me dire que si j'étais tombée dans la bonne classe, j'aurais jamais fait ce que j'ai fait. Je vous aurais jamais rencontrées et puis vous m'auriez jamais harcelée. 

    Je me rappelle encore du jour où j'en ai parlé au conseil de classe. Pas de vous, les vraies harceleuses de la sixième, mais vous, les filles qui sévissaient dans toute la classe. J'avais pas d'amies, j'étais bien, hein, j'étais bien comme cible. 

    Je me rappelle de tout, même si j'aimerais bien oublier, repartir à zéro, ne pas vous avoir connues. Mais, vous étiez pas les pires. Vous harceliez tout le monde, pas que moi. C'est pour ça que ça m'atteignait moins, quand même. 

    Et dire qu'en CM1, j'étais copine avec l'une d'entre vous. Je suis vraiment naïve. 

    Et puis, après le conseil de classe du deuxième trimestre, vous avez arrêté. Mais elles, elles avaient pas fini.

    Vous étiez trois, quatre si on compte mon ancienne copine du début de l'année, cinq si on compte la fille qui était toujours avec vous et qui ne faisait rien.

    Cinq, et moi, j'étais toute seule. Parfois, il y a eu Raphaëlle*, cette amie que je ne remercierais jamais assez parce que c'est grâce à elle que je suis encore là aujourd'hui, ou que je ne suis pas détruite, brisée par six mois de harcèlement. 

    Ça a commencé à la rentrée. J'étais toute seule dans ma classe, pas d'amies, quasiment personne. Je me suis fait une copine, Lucy*. Et j'étais toujours avec toi. Et puis, un jour, je me rappelle plus quand, tu as décidé d'aller avec ce groupe de filles intelligentes et populaires. Je comprends, rester avec la paumée de service, c'est chaud. D'ailleurs, c'est toi qui m'a dit que j'étais paumée. C'est toi qui n'a rien dit devant les insultes qu'elles me disaient, tes copines. C'est toi qui m'a abandonnée. C'est toi qui a hoché la tête quand elles ont dit " De toute façon, ce qu'elle aime, Margaux, c'est jamais bon. ", ou " Sans vouloir te vexer, t'es grosse. ". 

    Et moi, je racontais rien, je souriais pour faire semblant, je pleurais chez moi, et je lisais à la récré. Et à un moment, il y a eu Raphaëlle. Peut-être que c'était plus pour t'énerver, Brocolis*, mais elle m'a soutenue, contre le harcèlement et l'isolement. Vous avez décidé de vous moquer, parce que oui, elle est un peu particulière, Raphaëlle. Mais elle a un cœur d'or, et elle sait ce que c'est que l'amitié. 

    Et puis, un jour, en février ou début mars, peut-être, on mangeait moules-frites à la cantine, j'ai craqué, et j'ai tout dit à ma mère. Elle en a parlé à la prof principale.

    C'est à cause de vous qu'on a tous dû se lever plus tôt un lundi matin, pour faire une vie de classe sur le harcèlement. 

    Tu te rappelles, Brocolis, de ce jour où après le sport, j'ai donné des TicTac à tout le monde, sauf à toi ? Et que t'as râlé, et puis que je t'ai répondu : " Moi, j'en donne à mes amis, pas à ceux qui me piquent mes amis. ". Raphaëlle a dit que c'était bien envoyé. 

    J'ai encore la colère, Brocolis. Je parle avec toi parfois, mais je fais semblant d'être joviale. Parce que j'ai pas envie de parler avec toi. Parce que Lucy et Héloïse* m'ont présenté des excuses, parce qu'elles savaient pas, mais toi, je pense que tu savais, parce que de toute façon, tu ris encore quand on me harcèle cette année, et tu n'as rien dit quand il m'a craché dessus, alors que tu l'as vu : j'ai entendu ton rire. 

    Alors, arrête, Brocolis, arrête de te foutre de la gueule du monde et de te plaindre quand je m'enflamme et que je te dis que tu es chiante, parce que je pense que c'est le moins que je puisse dire. 

    Tu as peut-être oublié, mais moi, j'oublierais jamais, même si parfois, j'aimerais bien. C'est l'avantage et le désavantage de la mémoire longue. J'ai décidé de voir le bon côté des choses et d'essayer d'en faire une force, même si tous les jours, je me rappelle que personne ne t'a jamais punie, et quand je te vois rire avec lui, je me dis que j'ai sans doute échoué. 

    Margaux. 

     

    Tous les prénoms de cette lettre qui sont suivis d'une astérisque ont été changés, seul le mien ne l'a pas été. ( Même si pour Brocolis vous deviez vous en douter ( mais Brocolis était un prénom, sous la Révolution ) ) 

    Je suis désolée de raconter ma vie comme ça mais j'en avais besoin. J'avais besoin de m'exprimer là-dessus. 

    Si vous voulez réagir dans de longs commentaires racontant votre vie, je ne vous dirais rien et je lirais vos commentaires, répondrais s'il y a besoin d'aide. 

    Je vous rappelle qu'il y a un forum sur le harcèlement sur les Incomprises ici où on vous aidera si vous avez besoin d'aide. EDIT : Ce forum a été mis en privé, mais si vous voulez en parler, vous pouvez créer un forum sur les Incomprises, et on vous aidera, on a toutes une petite expérience de harcelées. 

    Je ne veux pas finir cet article, cette lettre ouverte par ma formule habituelle.

    Je vous dis donc à samedi dans un prochain article; 

    Margaux. 

     

     

     

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  • Commentaires

    1
    Mercredi 7 Juin 2017 à 14:16

    T'as tout simplement raison. C'est tout. T'as raison de parler, tu en as besoin.
    Je ne sais pas si cette certaine Brocoli va lire ici (je l'espère même si je ne pense pas), j'aimerais lui dire quelque chose. Tu peux même screener et lui montrer XD

    Tu n'as aucune idée de se que tu dis, tu stéréotype comme une débile. Si ça se trouve, tu es tellement fermée d'esprit que tu ne sais même pas ce qu'un stéréotype est. Je vais faire la même chose que toi, chère personne. Je suppose que tu es le style de personne à prendre les gens pour des cons en les manipulant car tu sais très bien que sans eux tu n'es plus rien, le genre lâche ; celle qui n'ose pas faire seule, mais qui attaque toujours en groupe. Celle qui n'ira jamais voir les populaires pour les critiquer, qui va toujours prendre pour cible ceux qui sont différents. Laisse-moi te dire une chose : tu es toi-même différente, donc chut, clairement. Tu ne peux pas cibler quelqu'un sous prétexte qu'il est bizarre, si il n'y a même pas de normalité. Mais je suppose que tu es le genre de personne qui croit qu'elle est la normalité.
    Ouais, je t'ai beaucoup stéréotypée et jugée, sans même te connaître ! Mais chère Brocoli, même si tu ne lira probablement pas ce message, je n'ai pas spécialement envie de te dire : nan mais c'est pas bien etc... C'est bateau et tu le sais très bien. J'aimerais simplement savoir pourquoi. Pourquoi ? Voilà, peu importe ta raison, on sait tous qu'elle sera débile. Par jalousie, parce que ça t'amuses ? Nan, ce que tu fais, c'est simplement du foutage de gueule international. Maintenant laisse un peu le monde tranquille, et retourne te cuire un steak.

      • Mercredi 7 Juin 2017 à 19:14

        Merci de m'avoir comprise ! 

        Oh, punaise, si tu savais le bien que ça m'a fait de lire ça... Parce que c'est exactement le portrait de cette chère Brocolis qui ne passera jamais ici, j'espère. Ça me ferait plus de mal que de bien... Je veux pas qu'elle sache qui je suis ici, et j'ai des amies qui passent ici, c'est pour ça que j'ai écrit Brocolis, parce que les autres prénoms, ce sont des noms de code, elles se reconnaîtront, notamment Raphaëlle. Mais elles ne reconnaîtront sans doute pas Brocolis, et je l'espère bien. 

        S'il te plaît, tu peux poster sur le forum du harcèlement des incomprises ? Je suis la dernière à avoir posté je ne peux pas reposter et je veux vous en parler... 

      • Mercredi 7 Juin 2017 à 19:23

        Contente que tu aie aimé mon petit texte XD

        Et bien, si tu le penses, je suppose qu'il ne vaut mieux pas qu'elle tombe dessus du coup. Et qu'elle ne tombe pas non plus sur moi dans la vrai vie, car je lui décrochais une droite, et elle verrait flou.

        Ah oui sans aucun problème !

      • Lundi 12 Juin 2017 à 18:46

        Bien envoyé!

        A mon tour, maintenant (pardonnez-moi pour tout ce qui va suivre, ce n'est peut-être pas très joyeux joyeux...), message pour cette "Brocoli".

        Si un jour tu passes par ici et que tu lis cet écrit, je tiens d'abord à te faire comprendre à quel point cette attitude est pitoyable. Immorale. Indigne d'une personne. Ce qui me fais penser que tu es soit stupide soit une bonne grosse chieuse comme on en croise parfois.

        Tu te crois parfois unique, exceptionnelle. Ou tout simplement puissante de rabaisser des gens de la sorte, de te faire obéir et de t'asseoir au-dessus d'eux. "Je comprends votre soif de pouvoir, diviser pour mieux régner, garder ceux qui sont en bas en bas, pour que vous puissiez rester en haut" (Willy Protagoras enfermé dans ses toilettes). 

        Je les connais, les filles comme toi. Celles qui s'imaginent qu'elles sont puissantes parce qu'elles martyrisent autrui, ces filles que leurs subalternes suivent bêtement, tels des moutons de Panurge (si tu ne sais pas ce que c'est, je te conseille d'ouvrir un bouquin. Tu vas voir, ça change, tu apprends quelque-chose!). Ces filles qui s'imaginent que tout leur est dû, les rares qui ne sont pas des suiveuses. Il y a quelque-chose de bien, là-dedans, de ne pas être un idiot qui fait tout ce que fait le groupe. Le truc, c'est que vous ne supportez pas la différence. Tout ce qui peut ébranler votre petite source de pouvoir.

        Si je vous connais aussi bien, c'est parce que moi aussi, vous m'avez fait souffrir. Parce que moi non plus je ne suivais pas. Ni vos petites modes, ni vos musiques, ni vos expressions. Parce que je ne faisais pas semblant, que j'étais trop "entière", un peu intello, un peu enrobée, petite et seule. Parce que vous avez fait en sorte que je le reste. Que les seuls personnes qui s'approchent de moi soient aussi infréquentables que ma petite personne. Mais on se soutient, dans l'adversité. Les amis que j'ai gagné me connaissent, savent que derrière la pipelette timide et intello perdue dans ses bouquins avec ces nombreux défauts, il y a une fille loyale et généreuse, affective et un peu maternelle sur les bords.

        Alors vous vous êtes acharnées. Parce que lorsque ceux que vous rejetez sont heureux, c'est qu'ils défient votre identités. Un jour j'en ai eu marre. J'ai balancé ses quatre vérités a celle qui me martyrisait depuis des années. Je me suis levée. Et on m'a applaudit. Parce que derrière vos petits larbins, il y a des pensées que vous n’apprécieriez pas, que la peur bride solidement. Mais lorsqu'on vous fait tomber de votre piédestal, vous vous rendez compte que vous n'êtes personne d'irremplaçable, à leur yeux. Il y aura toujours de pauvres filles comme vous, et c'est bien dommage.

        Des filles qui ne tirent leur impression de puissance qu'en insultant leurs pairs, en tyrannisant leurs classes. Une illusion de pouvoir qu'on peut renverser à tout moment. Alors à vous, nos Hitler et Fidel Castro (entre autres) du quotidien, je veux que vous sachiez qu'en réalité vous n'êtes rien. Des idiotes écervelées tout au plus. Et que le jour où la situation se renversera, vous souffrirez.

        Maintenant, allez au diable.

        Bien cordialement,

        Une jeune fille qui essaie de changer les choses.

         

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